Episode 25 – Le trajet de l’enfer

Arrivée à Mendoza

Après les visites de Santiago et Valaparaiso, je décide de partir en Argentine pour passer la semaine et reposer mon genou là bas. La ville la plus accessible après la frontière chilienne, c’est Mendoza. Bien connue pour ces vignobles. La ville n’est située qu’à 360 Km mais le trajet est assez long car il faut traverser les Andes. Google Map prévoit 5 heures, j’en ai mis 11 dans ce trajet de l’enfer…

mendoza

Au programme de cette petite semaine de repos : bains de soleil, cours de cuisine, route du vin à vélo (avec dégustations), visite du zoo et de la ville. Rien de très sportif ou compliqué car après la Patagonie, c’est ma première semaine sans genouillère donc je dois y aller mollo.

IMG_4959 IMG_4964 IMG_4967 IMG_4976 IMG_5012IMG_5021IMG_5031IMG_5038IMG_5046

Pourquoi ce repos en Argentine ?

J’aurais pu faire cette petite semaine de repos à Santiago me direz-vous… mais le truc, c’est que ça me revenait moins cher de passer la semaine en Argentine grâce au système du blue dollar…

**** ATTENTION CE QUI VA SUIVRE EST ILLÉGAL, A NE PAS FAIRE****

Vu que la situation économique de l’Argentine n’est pas à la fête pour l’instant… Disons le clairement : leur économie est entrain de se crasher. Le gouvernement a décidé de stopper l’importation de devises étrangères et de toute une série d’autres choses. Comme ça, les Argentins consomment local, ce qui va aider à redresser l’économie du pays… Dream, dream, dream…

bisounours1

Bref, tout ça pour dire que les Argentins qui voient leur épargne fondre comme neige au soleil, essayent par tous les moyens de changer leurs pesos contre des devises dites « fortes », c’est à dire, l’Euro ou le Dollar Américain et un marché parallèle s’est créé. Donc au lieu d’avoir 8 pesos pour un dollar à la banque, vous pouvez en obtenir 14 pour un dollar dans la rue!!! Ce qui fait une FAMEUSE différence… Et encore, quand je parle de 14 pesos, c’est le meilleur taux que j’ai eu dans le sud, en Patagonie. Du côté de Buenos Aires, ça montait jusqu’à des 16 ou 17 pesos pour un dollar. Soit 50% d’économie sur tout ce que vous achetez. ça fait plaisir au budget !

Retour de Mendoza

En ce dimanche 30 novembre, il est temps pour moi de quitter Mendoza pour rejoindre Santiago du Chili…Seul petit hic : la veille, la frontière était fermée. Trois personnes de l’auberge sont parties, ont fait 3 heures de bus, arrivées à la frontière, on leur a demandé de faire demi tour car ils ne laissaient passer aucun véhicule. Au total 6 heures de bus pour… Rien, nada, que dalle ! Et là, je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi ils n’ont pas simplement appelé le terminal de bus pour dire : « ne venez pas, c’est fermé » ?! Plutôt que de payer un chauffeur et l’essence pour rien, sans parler des heures perdues inutilement pour les gens.

Bref, ils recasent tout le monde pour le dimanche sans être certains qu’elle va être ouverte…
Moi, j’avais réservé dans un mini van de 16 personnes et quand j’arrive le gars me dit, « ah non finalement tu vas dans un car avec une autre compagnie… »

« Euuuhhh ok ». Là, je lui demande pour la frontière et il me dit « elle est fermée mais le temps qu’on y arrive, elle sera ouverte » bizarre puisque elle est censée être fermée pour mauvaises conditions climatiques ( de la neige sur le col des Andes). Je demande à un autre employé et il me dit « elle est ouverte »
« Ah ben ton collègue vient de me dire le contraire… »

Petit silence gêné, il ne sait plus quoi dire…

Je lui explique gentiment que j’ai moyennement envie de faire 6 heures de route pour rien, donc s’ils sont sûrs qu’elle est fermée, je lui demande de me mettre dans un bus pour le lendemain.
Et la, il me dit  » ce serait stupide de faire sortir les bus si elle est fermée »
« Ben oui mais c’est exactement ce que vous avez fait hier »

Nouveau moment de gêne…

Je décide d’arrêter de creuser, il est clairement entrain de mentir et n’a aucune idée de l’heure d’ouverture de la frontière… Je comprendrai plus tard qu’il s’agissait en fait d’une grève sauvage la veille ( comme ils avaient déjà fait début de semaine) parce qu’en passant le col il n’y avait absolument pas de neige !
IMG_4920 IMG_4929
Me voila donc partie dans le car avec la compagnie que je ne connaissais pas et vu qu’il n’est pas complet, je me mets sur la banquette du fond et me couche sur 3 sièges.
J’ai une angine carabinée et comme on est dimanche, aucune pharmacie n’est ouverte. Et bien sur, ma trousse à pharmacie est restée dans mon auberge à Santiago ( bien pensé :)
Je commence à faire de la fièvre, à grelotter, à transpirer, c’est vraiment l’horreur. Surtout que nous sommes sur ce genre de route à lacets…

IMG_4893
Après 3 heures de route, nous arrivons à la frontière qui est ouverte mais avec une file interminable de voitures, bus et camions. Ben oui forcément, tous les gens de la veille devaient passer aujourd’hui.
Là, je me prépare psychologiquement en me disant que ça va être long. La dernière fois que j’étais passée par ce chemin. Nous avions mis un peu moins de 2 heures pour faire passer 7 personnes… Ici, l’organisation n’est pas le maître mot…

IMG_5185

Le chauffeur part en laissant les portes du car ouvertes et vu qu’on est à plus de 3.500 mètres d’altitude, ça caille !! Ce qui n’arrange pas mon état. Après 3h30 d’attente, c’est enfin notre tour. Et la, comme d’habitude, à chaque passage de frontière, c’est la cohue, on nous envoie dans une file pendant 20 minutes et puis finalement non c’est pas la bonne, il faut recommencer…
Je commence à franchement me sentir mal à cause de l’altitude… Et là, en plein contrôle grosse nausée, obligée de courir aux toilettes les plus proches (qui sont dans un état lamentable d’ailleurs). Un des chauffeurs du bus vient me chercher et « m’escorte » jusqu’au contrôle pour que j’aie mes cachets d’entrée et de sortie dans mon passeport car tous les passagers du car doivent passer le contrôle en même temps. Bien gentil, il veut me faire dépasser tout le monde et que je puisse retourner m’allonger dans le car :  » Attention, elle a vomi. Pardon, pardon, elle a vomi… ». Inutile de vous dire qu’à ce moment précis, mon niveau de dignité est assez bas :/

Un de mes compagnons de bus me voit revenir et en voyant ma tête et mes symptômes dit bien fort :  » tu es sûre que tu n’as pas l’ebola ?? »
« Quoi ?! Chuuuut !! Ne dis pas ça ici, tu veux qu’ils me gardent en quarantaine ou quoi ? »

Il faut savoir qu’à toutes les frontières qu’on a passé, il y a des affiches partout demandant de  » vous livrer aux autorités si vous pensez avoir contracté le virus ou si vous en avez les symptômes ». Donc je n’avais pas envie de prendre le risque de me faire interroger pendant des heures à cette stupide frontière.

ebola

Après encore une demi heure, de file et de discussions, je n’en peux plus !! Laissez-moi partiiiiiiir, je veux juste aller me coucher et attendre que cette journée se termine.

penelope malade 3
Je retourne dans le car, et là, tout le monde doit attendre dehors car il y a un premier contrôle du ministère de l’agriculture pour voir si on transporte pas de fruits, des légumes et des graines. Vu que je suis au bout de ma vie et que le gars a un peu pitié, il me laisse gentiment attendre « au chaud » dans le fond du car.

Repositionnement en mode « larve échouée, laissez-moi mouriiiirrr »
Après le ministère de l’agriculture, c’est au tour de la police des douanes (appelée PDI) de fouiller le car, à la recherche de drogues, cigarettes et autres substances illégales. Pendant le contrôle le gars me dit: » vous n’avez rien caché dans le bus mademoiselle? »

« Euh Ben non, qu est ce que j’aurais pu cacher ? »

« Mmmm, on va vérifier ».

Et là, il soulève les sièges du fond ou j’étais couchée et découvre plein de paquets de cigarettes !! Il me regarde, je le regarde et à part dire « c’est pas moi » je ne vois pas trop comment argumenter…
Pendant un quart de seconde, je m’imagine entrain de croupir dans une prison chilienne pour importation illégale de cigarettes alors que je ne fume même pas !

prison-monopoly
Là dessus, ils « confisquent » mon sac à dos pour vérifier le contenu et ils commencent à démonter les parois du bus et ils trouvent d’autres paquets. Ouf !!! Là, il réalisent que c’est impossible que ce soit un passager qui ait eu le temps de faire tout ça sans se faire voir des autres…
Après l’ebola et la contrebande, décidément cette journée ne prend pas une bonne tournure…

Sur les entrefaites, le chauffeur est arrêté et nous on peut théoriquement redémarrer…
Oui, sauf qu’avec tout ça je n’ai plus mon sac à dos !!! Sac à dos contenant bien sur mon PC, mon passeport, du cash, mon carnet de vaccination, etc….
Du coup, je demande qu’on ne redémarre pas sans que j’ai retrouvé mon sac ! Et là, un des agents me demande « tu l’as donné à qui ? »
« À Personne ! C’est un de vos collègues qui l’a pris car il croyait que je faisais de la contrebande de cigarettes »
En disant ces quelques mots, je me rends compte que je ne plaide pas vraiment pour ma cause :/
Là, il enchaîne en me disant « veste rouge ou verte? »
« Quoi ? »
« L’employé qui a emporté ton sac : veste rouge ou verte ? »
« Euhhhh rouge je crois »
« Ah ben alors ce n’est pas mon collègue, nous on travaille pour le ministre de l’agriculture et pas pour les douanes. »

Ministerio_de_Agricultura_de_Chile PDI
« Eeeuuhh oui, enfin vos distinctions sectorielles, là tout de suite, je m’en fous un peu. Je veux juste retrouver mon sac à dos ! » — Sauf que ça, en vrai, je ne l’ai pas vraiment dit comme ça, je l’ai juste pensé très fort…
« Donc tu es entrain de me dire que tu as donné ton sac à dos, à quelqu’un sans le suivre ?! Et que penses – tu qu’il arriverait si il place de la drogue ou une bombe dans ton sac ? »
« QUOI?!!! Pourquoi votre collègue placerait il une bombe dans mon sac ?! »
« Comme je te l’ai déjà expliqué, ce n’est pas mon collègue…Bla-bla-bla »

blabla
Bref, devant un dialogue si productif, je décide de partir moi même à la recherche de mon sac à dos…
Bien évidement, personne ne l’a vu et moi, je ne me rappelle absolument plus du tout la tête du gars qui l’a emmené (ce n’est pas très malin, JE SAIS, mais je venais de me vider par le haut, j’étais fiévreuse et le gars insinuait que j’étais impliquée dans un trafic de contre bande de cigarettes. Alors oui,effectivement je n’étais pas des plus concentrée sur le moment, vous m’excuserez :)
Un peu gênée, je fais réouvrir toutes les soutes à bagages et les fait vider pour retrouver mon sac à dos ( qui était bien la ! Ouf ! ). Je ne le lâcherai plus pour le reste de la journée…
Tout le monde me regarde un peu genre : »pffff, tu nous retardes ! »

« En même temps ça fait 4h30 qu’on est coincés dans cette foutue douane donc on est plus sur 10 minutes si ?! Ggrrrr… »

Là, je sens qu’il est temps de remonter dans le car et vraiment me faire oublier…

Sur ce, on attendra encore une heure pour voir s’ils relâchent le chauffeur ou pas… Et finalement le verdict tombe : non !
Du coup, ils pensent à nous changer de bus mais ça risque d’être compliqué ( ah oui, avec votre niveau d’organisation, je confirme que ça risque d’être long et compliqué).
Après une attente interminable, ils prendront  la décision de nous laisser repartir avec un seul chauffeur ( ce qui est illégal car ils doivent toujours être au moins 2).

Donc au total, un trajet de 11 heures et demi pour parcourir 360 km, dont 5h30 d’attente à la frontière. Je suis vidée et un peu à bout de force et là, je dois encore prendre le métro pour rejoindre mon auberge. Il est quasi 21 heures et le soleil se couche donc j’ai un peu la trouille de me balader seule dans les rues de Santiago. En parlant avec les gens, je tombe sur deux chiliens qui habitent à un pâté de maison de mon auberge : la chance !!! (Ben oui, il en faut bien un peu dans cette journée pourrie !)
Ils me déposeront à mon auberge pour être sûrs qu’il ne m’arrive rien et vu le quartier je dois admettre que je suis bien contente.
Et voilaaaa, je termine enfin dans un lit au chaud ! C’était mon dernier trajet en bus en Amérique du Sud !

Heureusement pour moi, le lendemain, je rejoins deux copines dont une est médecin et l’autre dans le milieu pharmaceutique et elles me remettront sur pieds en deux jours grâce à un petit cocktail : corticoides, antibiotiques, anti inflammatoires. (Encore merci les filles !!)

Santiago

Après ça, je passe quelques jours à Santiago où je profite des joies de la civilisation et où je rencontre par hasard des liégeois (le monde est petit !!)

IMG_5201 IMG_5210 IMG_5212 IMG_5216 IMG_5227 IMG_5232 IMG_5233

Prochaine étape : l’île de Pâques !!!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *